
» Tous ces vêtements ont étéenfermés dans un sac de fort papier, secoués, et la poussière recueilliesoumise à l’analyse.
» On a obtenu ainsiconfirmation de la provenance des taches de graisse. En effet, le tissu estimprégné d’une fine poudre métallique qu’on ne trouve que dans les effets desajusteurs, tourneurs et en général de ceux qui travaillent dans les ateliers deconstruction mécanique.
» Ces indices sont absents desvêtements que j’appellerai les vêtements B et qui n’ont pas été portés depuisplusieurs années, six ans au minimum.
» Autre différence : dansles poches du costume A, on trouve des débris de tabac de la régie française,que vous appelez du tabac gris.
» Dans les poches B, aucontraire, il reste un peu de poussière de tabac jaune imitant le tabacégyptien.
» Mais j’en arrive au point leplus important. Les taches relevées sur le costume B ne sont plus des taches degraisse. Ce sont d’anciennes taches de sang humain, probablement de sangartériel.
» Le tissu n’a pas été lavédepuis des années. L’homme qui portait ce vêtement a dû être littéralementinondé de sang. Enfin, des déchirures pourraient faire supposer qu’il y a eulutte, car, à divers endroits, aux revers entre autres, la trame est arrachéecomme si des ongles s’y étaient incrustés.
» Ces vêtements B portent unemarque : celle de Roger Morcel, tailleur, rue Haute-Sauvenière, à Liège.
» Quant au revolver, il estd’un modèle qu’on ne fabrique plus depuis deux ans.
» Si vous voulez me laisservotre adresse, je vous enverrai une copie du rapport que je dois établir pourmes chefs.
A huit heures du soir, Maigret enavait fini avec les formalités. La police allemande lui avait remis lesvêtements du mort ainsi que ceux de la valise, que l’expert appelait lesvêtements B. Et il avait été décidé que, jusqu’à nouvel avis, le corps seraitgardé à la disposition des autorités françaises au frigorifique de la morgue.
