Il montra un building dont presquetoutes les fenêtres portaient des enseignes différentes.

— Au quatrième, à gauche, vousapercevez mon bureau…

On lisait sur les vitres, en lettresde porcelaine : Joseph Van Damme, commission, importation,exportation.

— Croiriez-vous que je resteparfois un mois sans avoir l’occasion de parler français ? Mes employés etmême ma secrétaire sont Allemands… Les affaires l’exigent…

Il eût été difficile de lire unepensée quelconque sur le visage de Maigret, dont la dernière des qualitéssemblait bien être la subtilité. Il approuvait. Il admirait ce qu’on luidemandait d’admirer, y compris la voiture dont Van Damme lui vantait lasuspension brevetée.

Il pénétra avec lui dans une grandebrasserie regorgeant d’hommes d’affaires qui parlaient fort, tandis qu’unorchestre viennois jouait inlassablement et que s’entrechoquaient les chopes debière.

— Vous n’imaginez pas le nombrede millions représentés par cette clientèle !… s’extasiait Van Damme.Tenez !… Vous ne comprenez pas l’allemand ?… Notre voisin est entrain de vendre une cargaison de laine qui vogue en ce moment entre l’Australieet l’Europe… Il a trente ou quarante bateaux sur l’eau… Je pourrais vous enmontrer d’autres… Qu’est-ce que vous buvez ?… Je vous recommande la Pilsen…

» A propos…

Maigret ne sourit même pas de latransition.

— A propos, qu’est-ce que vouspensez de ce suicide ?… Un indigent, comme le prétendent les journauxd’ici ?…

— C’est possible…

— Vous faites une enquête à sonsujet ?…

— Non ! Cela regarde lapolice allemande… Et, comme le suicide est établi…

— Evidemment !… Remarquezque, si cela me frappe, c’est seulement parce qu’il s’agit d’un Français… Caril en vient si peu dans le Nord !…

Il se leva pour aller serrer la maind’un homme qui sortait, revint, affairé.



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