C’était le corps demandé ! Lafemme se pencha, sanglota, fut emmenée vers un bureau du fond, où une jeunesecrétaire prit note de sa déclaration.

Peu de gens s’intéressaient à LouisJeunet. Pourtant, vers dix heures, un homme vêtu avec recherche, qui descendaitd’une auto particulière, pénétra dans la salle, chercha des yeux le suicidé etl’examina avec attention.

Maigret n’était qu’à quelques pas.Il s’approcha et, en détaillant le visiteur, eut l’impression qu’il n’avait pasaffaire à un Allemand.

Dès qu’il vit bouger le commissaire,d’ailleurs, l’homme tressaillit, manifesta de la gêne, dut avoir à l’égard deMaigret la même pensée que celui-ci avait eue à son sujet.

— Vous êtes Français ?questionna-t-il le premier.

— Oui. Vous aussi ?

— C’est-à-dire que je suisBelge… Mais je vis à Brême depuis quelques années…

— Et vous connaissiez un nomméJeunet ?…

— Non !… Je… J’ai lu ce matindans le journal qu’un Français s’était suicidé à Brême… J’ai habité longtempsParis… J’ai eu la curiosité de venir jeter un coup d’œil…

Maigret était d’un calme pesant,comme il l’était toujours dans ces moments-là. Et même, son visage prenaitalors une expression si têtue, si peu subtile qu’il avait quelque chose de bovin.

— Vous appartenez à lapolice ?…

— Oui ! A la Policejudiciaire…

— Et vous avez fait le voyagetout exprès ?… Qu’est-ce que je dis ?… Ce n’est pas possible, puisquele suicide a eu lieu cette nuit !… Vous connaissez des compatriotes, àBrême ?… Non ? Dans ce cas, si je puis vous être utile à quelquechose… Voulez-vous accepter l’apéritif ?…

Un peu plus tard, Maigret lesuivait, prenait place dans la voiture que son compagnon conduisait lui-même.

Et celui-ci parlait d’abondance.C’était le type même de l’homme d’affaires jovial, remuant. Il semblaitconnaître tout le monde, saluait des passants, désignait des immeubles, expliquait :

— Ici, le Norddeutscher Lloyd…Vous avez entendu parler du nouveau paquebot qu’ils ont lancé ?… Ce sontmes clients…



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