
Le passeport prouvait que LouisJeunet était un de ceux-ci et que, par conséquent, il ne s’appelait pas LouisJeunet.
Par le fait, la seule base à peuprès solide de l’enquête se dérobait. L’homme qui s’était tué cette nuit-làn’était plus qu’un inconnu !
Il était neuf heures quand lecommissaire, à qui les autorités avaient donné toutes les autorisationsdésirables, arriva à la morgue, où, dès l’ouverture des portes, le publicserait admis à circuler.
C’est en vain qu’il chercha un coinsombre pour y prendre une faction dont, il est vrai, il n’attendait pasgrand-chose. La morgue était moderne, comme la plus grande partie de la villeet comme tous les édifices publics.
Et c’était plus sinistre encore quel’antique morgue du quai de l’Horloge, à Paris. Plus sinistre à cause,précisément, de la netteté des lignes et des plans, du blanc uniforme des mursqui reflétaient une lumière crue, des appareils frigorifiques astiqués commedans une centrale électrique.
Cela faisait penser à une usinemodèle, une usine dont la matière première serait des corps humains !
Le faux Louis Jeunet était là, moinsdéfiguré qu’on eût pu s’y attendre, car des spécialistes avaient en quelquesorte reconstitué son visage.
Il y avait aussi une jeune femme, unnoyé péché dans le port.
Le gardien, luisant de santé, sanglédans un uniforme sans un grain de poussière, avait l’air d’un gardien de musée.
En une heure, contre toute attente,il défila une trentaine de personnes. Et, comme une femme demandait à voir uncorps qui n’était pas exposé dans la salle, on entendit des sonneriesélectriques, des chiffres lancés par téléphone.
Dans un local du premier étage, undes casiers d’une vaste armoire occupant tout un mur glissa, se posa sur unmonte-charge et, quelques instants plus tard, une boîte d’acier émergeait aurez-de-chaussée comme, dans certaines bibliothèques, les livres arrivent à lasalle de lecture.
