Il s’y rendit sur la pointe despieds, pour ne pas réveiller les locataires, peut-être aussi parce que lemystère lui pesait aux épaules, avec, à la main, le complet de la valise quigardait ses faux plis.

La silhouette, sur le sol, étaitdifforme, mais mathématiquement exacte.

Quand il essaya d’y appliquer leveston, le pantalon et le gilet, il eut une lueur dans les yeux, morditmachinalement le tuyau de sa pipe.

Les vêtements étaient au moins detrois tailles trop grands ! Ce n’étaient pas ceux du mort !

Ce que le vagabond gardait sijalousement dans sa valise, ce à quoi il attachait un tel prix qu’il s’étaittué parce qu’il l’avait perdu, c’était le costume d’un autre !

II


M. Van Damme

Les journaux de Brême se contentèrentd’annoncer en quelques lignes qu’un Français, nommé Louis Jeunet, mécanicien,s’était suicidé dans un hôtel de la ville et que la misère semblait être lemotif de son geste.

Mais, à l’heure où paraissaient ceslignes, le lendemain matin, l’information n’était déjà plus exacte. Enfeuilletant le passeport, en effet, Maigret avait été frappé par uneparticularité.

A la sixième page, réservée ausignalement, où figurent en colonne les mentions âge, taille, cheveux,front, sourcils, etc., le mot front précédait le mot cheveuxau lieu de lui succéder.

Or, six mois plus tôt, la Sûreté deParis avait découvert à Saint-Ouen une véritable usine de faux passeports,livrets militaires, cartes d’étrangers et autres papiers officiels. On avaitmis la main sur un certain nombre de ces documents. Mais les faussaires avaienteux-mêmes avoué que des centaines de pièces sortant de leurs presses étaient encirculation depuis plusieurs années, et que, faute de comptabilité, Ils étaientincapables de fournir la liste de leurs clients.



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