
Les clés pendaient encore, commedans le magasin de la rue Neuve, à une ficelle nouée à la poignée. Maigretsouleva le couvercle, retira d’abord un complet gris sombre, moins usé quecelui du mort.
Sous le complet, il y avait deuxchemises sales, élimées au col et aux poignets, roulées en boule.
… Un faux col à petites rayuresroses, qui avait été porté au moins quinze jours, car il était tout noir àl’endroit où il avait touché le cou de son propriétaire… Tout noir et effiloché…
C’était tout ! La valisemontrait son fond de papier vert et les deux sangles dont on ne s’était passervi, avec boucles et émerillons neufs.
Maigret secoua les vêtements,fouilla les poches. Elles étaient vides !
La gorge serrée par uneindéfinissable angoisse, il s’obstina, dans sa volonté, dans son besoin detrouver quelque chose.
Un homme ne s’était-il pas tué parcequ’on lui avait volé cette valise ?… Et elle ne contenait qu’un vieuxcomplet, que du linge sale !…
Pas un papier ! Rien de ce quipeut rappeler un document ! Pas même un indice permettant de faire dessuppositions sur le passé du mort !
La chambre était tapissée d’unpapier neuf, bon marché, dont les couleurs crues dessinaient des fleurs agressives.Par contre, les meubles étaient usés, boiteux, démantibulés, et sur la table ily avait un tapis en indienne qu’on ne pouvait toucher qu’avec répugnance.
La rue était déserte. Les boutiquesavaient fermé leurs volets. Mais au carrefour, à cent mètres de là, des autosne cessaient de défiler dans une rumeur rassurante.
Maigret regarda la porte decommunication, la serrure vers laquelle il n’osa plus se pencher. Il se souvintque les experts, prévoyants, avaient dessiné sur le plancher de la chambre voisineles contours du cadavre.
